LÂCHER PRISE AVEC SES ENFANTS

Réaction du psychologue Gilles Vachon dans plusieurs médias en suivi aux déclarations de Guy Lafleur, à propos de son fils, août 2015.

La relation que l’on entretient avec ses enfants est complexe et paradoxale.

D’un côté, il faut bien admettre que c’est le propre de cette relation que d’être vouée à la séparation. Réussir sa tâche de parent est essentiellement d’amener son enfant à l’autonomie, c’est-à-dire à s’assumer pleinement, donc, à se passer complètement du parent.

D’un autre côté, c’est un fait bien connu que c’est pour leurs enfants plus que pour toute autre personne que les parents seraient prêts à risquer leur vie si celle de leur progéniture était menacée.

À ce qui précède, on devra s’empresser d’ajouter que c’est essentiellement la position de l’enfant sur la route menant à l’autonomie, bien plus que l’âge, qui détermine en général l’investissement du parent.

Jusque là, on n’est pas vraiment étonné et on comprend que c’est naturellement comme ça que les choses devaient se passer pour que l’espèce survive, d’autant plus que le petit humain est particulièrement démuni en bas âge.

Premier paradoxe: Ce serait probablement dans cette faiblesse de sa progéniture et la nécessité corollaire d’un investissement parental extraordinaire que l’humain aurait développé sa supériorité dans le règne animal tout autant que sa capacité sociale et des sentiments aussi puissants que l’amour et la compassion.

Deuxième paradoxe : Ce serait tout autant par le manque que par l’excès de parentage que les enfants seraient défavorisés. Le manque produira des carences physiques ou de socialisation et l’excès nuira au développement de l’autonomie psychologique qu’il est censé promouvoir.

Le cas de ces parents d’enfants lourdement handicapés se dissoudra dans ces paradoxes pour en créer un nouveau. Les parents d’un enfant souffrant de déficience mentale profonde font en effet rapidement le deuil de cette personne autonome à développer et voient leur amour pourtant bien réel de leur progéniture en un voeu paradoxal, lui aussi, que leur progéniture dépendante ne leur survive pas.

La situation est un peu différente quand le handicap d’un enfant est moins grave ou plus relatif, que l’intelligence ou le handicap physique n’est pas l’atteinte principale et si c’est le comportement qui est le plus problématique.

Tout parent, aussi bien intentionné soit-il, arrivera tôt ou tard à ce constat que l’enfant doit être responsable de ses actes et que l’aide qu’on apporte ponctuellement et souvent à grands frais peut devenir la source de problèmes à long terme.

Guy Lafleur a lâché prise après des années d’investissement parental amoureux. C’est triste bien sûr, mais c’est glorieux d’en avoir fait autant pour son fils.

2018-02-06T19:38:43+00:00

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